Vincent Heurtault

JANVILLE EN BEAUCE

Janville, village de 1800 habitants, est situé au cœur de la grande plaine céréalière de la Beauce entre Chartres et Orléans, entre cathédrales et éoliennes. Son activité se partage entre l’agriculture, souvent intensive, et l’industrie. Les cultures de blé, pommes de terre et betteraves y côtoient les grosses coopératives agricoles et les sucreries. Janville cultive donc à plus d’un titre l’entre-deux et son avenir est incertain. L’une des sucreries de la région fermera d’ailleurs début 2021. En 2012 une opportunité professionnelle m’a conduit à Janville. J’y suis resté, charmé, entre autres, par la photogénie des lieux où les silos à grain et les sites industriels sont parfois laissés à l’abandon. Depuis j’ai entrepris de réaliser le portrait de ce petit bout du monde, de cette zone désormais souvent qualifiée de périurbaine, où les invisibles semblent se cacher encore. Pour combien de temps ? Demain Janville ne se ressemblera plus. Pour que rien ne change, il faut que tout change. Pour que tout change, il faut que rien ne change.

Vincent Heurtault est né en 1966. Il commence la photo à 18 ans avec son premier reflex, un Minolta X-700. A l’âge adulte, il intègre la société Photo Hall en tant que vendeur, alliant ainsi travail et passion. Quelques années plus tard il passe un diplôme d’opticien lunetier et reprend une boutique dans le petit village de Janville, en Eure-et-Loir, où il travaille toujours. Willy Ronnis, Henri Cartier Bresson ou encore Robert Doisneau, et leur photographie humaniste, sont ses premières références. En 2017, il découvre le travail de Walker Evans avec ses photos de façades, d’affiches ou de ruines, sur le vernaculaire, ou comment rendre esthétique la banalité du quotidien. Le film de Gilad Baram, Shooting Holy Land, documentaire sur le travail du photographe Josef Koudelka sur la construction du mur entre Israël et la Palestine, l’impressionne. Des photos à la fois froides et graphiques où la laideur devient photogénique. Koudelka, Ewans sont les deux photographes que Vincent Heurtault a à l’esprit en réalisant la série sur Janville avec pour parti pris : une seule focale, le 50 mm, et le noir et blanc. Palaisien de 1994 à 2003, puis depuis 2018, il rejoint le Photo-Club de la MJC de Palaiseau en 2016.