Pierrette Liscia

BASTIA FANTOME

Lors d’une promenade tranquille dans Bastia, j’ai été étonnée et émue par toutes les boutiques, qui étaient fermées. Le coup de cœur a été au rendez-vous de mes déambulations. C’était autre chose que les centres villes sinistrés, que l’on voit sur le continent. Un monde original, particulier, disparaissait. Ces commerces avaient connu leur heure de gloire, très fréquentés par les habitants des nombreux villages nichés dans la montagne derrière Bastia, qui vivaient d’élevage et de culture. J’ai réalisé cette série de photos en plusieurs fois. Des boutiques étaient encore en activité. Elles étaient quand même à l’image de ce monde en bout de course. Certaines ont maintenant fait tomber le rideau de fer. « Au Gaspillage » était une boutique tenue par un vieux monsieur. Il se tenait derrière son grand comptoir en bois. Derrière lui, se trouvaient des casiers en bois dans lesquels étaient rangés des pantalons « bleu de chine » et des vestes de travail. « Chez Cohen », le marchand de chaussures, même comptoir en bois. Dans son dos, un mur de boîtes de chaussures. Et puis la quincaillerie…. L’activité commerçante était diversifiée comme en témoignent les différentes enseignes. J’ai photographié ces témoins. Avec ces images, ces boutiques existent encore un peu aujourd’hui et avec elles leur temps révolu.

Premier contact direct de Pierrette Liscia avec la photographie : les photos « posées » de la famille prises par son père avec son Kodak à soufflet… et la sortie papier : de petites photos rectangulaires avec un grand bord blanc dentelé. Est-ce le souvenir des photos des vieilles dames en blouses assises sur un banc de pierre devant un canal ? Témoins du monde du marais de sa grand-mère ? Du lait encore livré en cariole à cheval, à Paris en 1953 ? Pas de lien avec les photos publiées dans les magazines. Quand elle a eu le droit, à 15 ans, d’essayer le boîtier pour faire « autre chose », les critiques ont été tellement nombreuses qu’elle n’a plus fait de photos pendant des années. Elle a alors dessiné et s’est mise à courir voir les expositions de peinture. Puis, grand chambardement, les seventies, la permission de tout essayer. Déclic. Avec un Zénith (réflex russe), elle commence à faire des photos, qu’on ne montre pas, surtout d’enfants, de leurs jeux et expressions, d’amis, de groupes. Elle apprend ensuite à développer les photos N&B. En 1986, elle achète un Nikon et continue son petit chemin en s’intéressant aux paysages, fêtes, architectures. Travail d’amateur seulement puisque très prise par le travail. Finalement, un sentiment de tourner en rond. En 1999, elle rejoint alors le Photo-Club de la MJC de Palaiseau et découvre depuis (et ce n’est pas fini !) la technique et le monde immense de la photographie. En 2015, elle est programmée une première fois à Photoclubbing, le mois palaisien de la photo, avec Un long parcours qui s’annonce, ou le journal intime en photo de sa lutte contre le crabe. Avec ce projet, la photographie prend pour elle une autre dimension. Ces images prises au smartphone lui permettent d’être active pendant la chimiothérapie, de ne pas subir, de prendre du recul, avec parfois un peu d’humour et finalement de mieux se battre. Aujourd’hui guérie, Pierrette Liscia a plein de projets photo en tête qu’elle entend bien mener à terme toujours touchée par ce qui disparaît ou évolue avec le temps, les gens et les lieux de vie