Josette Sarda

NAVIGO

1969, Cachan, mes années lycée, j’emprunte quotidiennement la ligne de Sceaux mise en service en 1846. Aujourd’hui rebaptisée RER B, elle transporte chaque jour des milliers de Franciliens. Septembre 2018, je prends la carte Navigo. Un espace de liberté s’ouvre à moi. Je décide de voyager dans ma banlieue sud. En fonction de la lumière du jour, je prends le train, parfois plusieurs fois par semaines, par jour, en évitant les heures de pointe et leurs voitures bondées. De Saint-Rémy-lès-Chevreuses à DenfertRochereau, le RER dans sa course, avec ses accélérations, ses ralentissements et ses arrêts, m’offre à travers ses vitres des paysages qui oscillent vers l’abstraction, des images inattendues qui révèlent notre banlieue sous un jour nouveau avec ses couleurs, ses lignes, ses zones d’ombre et sa part de lumière. Quand la vitesse augmente, les peintures de Mark Rotkho avec leurs masses colorées semblent prendre forme sous mes yeux. Quand le train ralentit, les détails d’un lieu connu et reconnu surgissent dans le cadre arrondi de la fenêtre du train. Dans un équilibre instable, calée contre la vitre d’en face, je me laisse porter, laissant les images et les paysages urbains défiler sous mes yeux. Mon esprit vagabond se déconnecte le temps de cette parenthèse et laisse ma rétine s’imprégner de ce qui m’est donné à voir fugitivement, furtivement. Ces arrêts sur images disent le présent de ceux qui, comme moi, habitent dans la banlieue sud de Paris. RER B certes, mais pour moi ligne de Sceaux à jamais. J’y tiens. J’y suis attachée.

Josette Sarda, née en 1952, arrive à trois ans en banlieue parisienne où elle construit ses repères. Elle habite successivement Bry-sur-Marne, Vitry-sur-Seine, Orsay, Les Ulis et désormais Villebon-sur-Yvette. La banlieue est son périmètre. Elle pratique la photo depuis 2004 au sein du Photo-Club de la MJC de Palaiseau, où elle développe sa culture photographique à travers les expositions organisées et visitées, l’étude des livres de grands photographes et les nombreux ateliers consacrés à l’analyse des images des Photoclubbeurs. Pendant plusieurs années, elle passe des heures sous la lumière inactinique à attendre la révélation des tirages argentiques. Puis la photo numérique fait évoluer sa pratique vers des projets photographiques en lien avec des associations qu’elle fréquente ou des événements qu’elle affectionne. Ceci la contraint à adapter son point de vue et surtout à rendre sa copie à une date précise, pendant que d’autres de ses projets personnels s’étirent dans un temps sans limite. Elle fait sienne la phrase de Serge Tisseron : « L’horizon imaginaire qui anime toute entreprise photographique est le désir de constituer une image du monde où se donne à voir sa propre présence. » Josette Sarda photographie donc ce qui la concerne : la banlieue et surtout le rapport intime, que ceux, qui y vivent, entretiennent avec leur environnement.